J’ai presque hésité à poster cet article sur Rhooo, parce qu’il s’inscrit dans une sorte de fétichisme consumériste qui pourrait y avoir sa place. Mais non. C’est bien trop Nerd pour Rhooo, il n’y a qu’ici que je pourrais l’assumer.
Faut dire que je commence à en entasser quelques uns, des jeux de cartes typographiques. L’espèce est rare, se situe entre l’objet d’art, la collection, l’apprentissage et le ludique d’aficionados prétentieux. Rien que ça.
L’occasion de vous en présenter quelques uns, et de vous faire un petit retour d’expérience. Et surtout, puisque tout le monde se pose la question, de vous dire si ça sert vraiment à quelque chose de posséder ou de jouer ces cartes.
Sur la base d’un jeu de bataille, le but est de voler toutes les cartes de ses adversaires. Lors d’une manche, tous les joueurs montrent leur carte, sur laquelle est présente une police. Le premier joueur énonce la caractéristique typographique de sa carte qu’il pense être plus forte que les autres (nombre de graisses, lisibilité, prix, année, etc…). Sur la base de cette caractéristique, le joueur qui a la police la plus forte remporte la manche.
Il faut quand même une certain niveau de connaissance de la typographie pour jouer à ce jeu, et c’est sans doute le plus érudit qui gagnera. On peut dire que c’est de la pure masturbation de typographe :)
Si l’étui en carton est un peu moyen, les cartes sont en revanche magnifiques, avec une mise en situation des polices concernées brillamment exécutée.
On apprend beaucoup avec ce jeu. Ce que je trouve intéressant, c’est de traiter des aspects des polices trop souvent ignorées par les graphistes. Pourtant, au delà de l’esthétique pure, ces caractéristiques sont souvent cruciales lorsqu’il s’agit de trouver la police la plus adaptée à un projet (histoire, année, etc…). C’est donc une très bonne idée.
En revanche, à force de jouer, on finit par faire le tour des cartes et tout connaître par coeur (tant mieux pour nos métiers !), ce qui vient affecter le fun des parties. C’est sans doute pour ça qu’il y a eu deux éditions de ce jeu, chacune avec ses propres polices.
Si vous êtes un vrai fanatique de typographie, et que vous arrivez à en trouver d’autres pour vous affronter, ce jeu est un vrai bonheur. Les puristes reprocheront le système de rang des polices, qui est tout subjectif à son créateur, Rick Banks. Au delà de son aspect pédagogique, le collectionneur appréciera le design des cartes, un régal.
Un Memory Game tout ce qu’il y a de plus classique, où l’on pose l’ensemble des cartes retournées sur une table, puis on essaye de retrouver les paires, en retournant 2 cartes à la fois.
Deux niveaux de difficulté, selon que l’on ne regarde que les lettres ou le nom des polices. Dans les deux cas, il ne faut pas être un cador de la typographie pour y arriver (“oh non, il y a un piège, l’Arial ressemble à l’Helvetica !”)
Mention très bien pour le packaging, dont on ferait volontiers un poster. Les cartes sont jolies, mais pas très variées graphiquement. Dans l’ensemble, c’est de la bonne qualité, et un bel objet.
Pas grand chose à en tirer au niveau de l’apprentissage typographique. La faute au principe de jeu en lui même, et à la reconnaissance des familles qui est basée uniquement sur la lettre A majuscule et minuscule.
Un bel objet avec lequel faire quelques parties histoire de, au cours desquelles vous n’apprendrez pas grand chose. En revanche, ça claque sur l’étagère. Pour les collectionneurs, donc.
On part d’une base de jeu de 7 familles classique, pimenté de quelques règles additionnelles, comme des familles nombreuses ou une famille spéciale (sur le principe de la superfamille de Pierre Rœsch). Les familles sont bien évidemment des familles typographiques (Linéales, Mécanes, Didones, etc…), et ses membres des polices de caractères représentatives (Helvetica, Clarendon, Bodoni, etc…)
Si le principe est basique, la règle de la superfamille vient pimenter les choses. Elle permet de “voler” une famille complète d’un autre joueur, à condition d’être capable d’en reconnaître les polices de caractères. Bien vu.
Certainement l’un des jeux les plus réussis graphiquement de cette sélection. Rien à redire : les cartes sont variées & sublimes. Le packaging est efficace et sobre, pour laisser la part belle aux cartes à jouer.
Agrémenté de fiches explicatives claires, un très bon jeu pour apprendre en s’amusant. Surtout quand il s’agît d’apprendre à reconnaître des polices et à les associer à leurs familles.
Une belle réussite de Bureau 205, qui a su partir d’un principe de jeu abordable et connu, et su s’en éloigner à la fois pour rendre le jeu pédagogue, mais surtout pour respecter astucieusement les théories typographiques . Et pour ne rien gâcher, les cartes sont à tomber. Chapeau bas messieurs.
Bien sûr, la plupart de ces jeux ont été fait pas des designers et typographes qui avaient envie d’un exercice de style jubilatoire. Ce qui les prédestine à être avant tout des objets de collection. Pour tout vous dire, j’ai même envisagé plusieurs fois d’en faire des compositions encadrées à accrocher au mur.
Ce qui est plus surprenant, c’est que si vous ne jouerez sans doute pas à ces jeux avec vos enfants, et pour peu que vous fréquentiez d’autres névrosés de la typographie, ces jeux sont finalement ludiques, pédagogues et amusants. Raison de plus pour rendre hommage à leurs créateurs.
En nota-bene, même si ce n’est pas un jeu de carte typographique à proprement parler, ne vous privez pas de compléter votre collection avec le sublime Housewives Tarot de chez Headcase Design.
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